Le syndrome de l'imposteur n'est PAS ce que tu crois

Le syndrome de l'imposteur n'est PAS ce que tu crois

On t'a probablement déjà dit que tu souffrais du syndrome de l'imposteur. Peut-être te l'es-tu dit toi-même, ce sentiment tenace de ne pas être à ta place, de bientôt être démasquée, de devoir tes réussites à la chance ou au travail acharné plutôt qu'à une compétence réelle.

Ce que l'on t'a moins dit, c'est ceci : ce n'est pas une pathologie individuelle. Et le traiter comme tel t'empêche souvent d'en sortir.

Reprenons depuis l'origine, parce qu'elle est éclairante.

Ce que les chercheuses avaient réellement observé

Le concept naît en 1978, sous la plume de deux psychologues, Pauline Clance et Suzanne Imes. Elles étudient des femmes brillantes — universitaires, professionnelles accomplies — qui, malgré des preuves objectives de leur compétence, restent convaincues d'avoir trompé leur monde.

Deux choses méritent d'être soulignées.

D'abord, Clance et Imes n'ont jamais parlé de syndrome. Elles ont écrit impostor phenomenon — un phénomène, une expérience vécue, pas une maladie. La glissade sémantique vers « syndrome » a transformé une observation sociale en diagnostic personnel. Ce n'est pas anodin : un phénomène a des causes contextuelles, un syndrome se soigne chez soi.

Ensuite, leur échantillon était composé de femmes évoluant dans des milieux où elles étaient rares, scrutées, et implicitement sommées de prouver leur légitimité. Le sentiment d'imposture y était une réponse rationnelle à un environnement, pas une distorsion de la réalité.

Le renversement qui change tout

Voici l'idée que je voudrais que tu retiennes, et qui a été formulée avec force par les chercheuses Ruchika Tulshyan et Jodi-Ann Burey : et si ce n'était pas toi qui doutais, mais un environnement qui t'a appris à douter ?

Quand tu es la seule femme dans une salle, la seule personne noire dans une équipe, la première de ta famille à occuper ce poste — tu ne souffres pas d'une illusion. Tu perçois quelque chose de réel. Les signaux implicites, les interruptions plus fréquentes, l'idée que tu portes une communauté sur tes épaules, la nécessité d'en faire davantage pour la même reconnaissance : rien de cela n'est imaginaire.

Nommer cela « syndrome de l'imposteur », c'est déplacer la charge de la réparation. On dit à la femme : travaille ta confiance. On ne dit pas à l'organisation : change tes signaux.

C'est une manière élégante de faire porter à l'individu le poids d'un problème collectif.

Ce que cela ne signifie pas

Attention, ne renversons pas dans l'excès inverse.

Ce n'est pas une invitation à cesser tout travail sur soi, ni à imputer chaque doute à la société. Le doute a aussi une fonction précieuse : il est le compagnon des gens compétents.

Il existe un phénomène presque symétrique, décrit par Dunning et Kruger : moins on maîtrise un domaine, moins on est capable d'évaluer son incompétence — et plus on se croit à l'aise. Inversement, plus tu connais un sujet, plus tu perçois l'étendue de ce que tu ignores.

Ce que tu prends pour une imposture est parfois le signe d'une lucidité que les plus assurés n'ont pas.

Trois déplacements utiles

Que faire, alors, de ce sentiment ?

Distinguer le doute du signal. Demande-toi : est-ce que je doute de ma compétence, ou est-ce que je perçois qu'on me la conteste ? Ce n'est pas la même chose et cela n'appelle pas la même réponse. Le premier se travaille par l'expérience. Le second se traite par la parole, l'alliance, parfois le départ.

Documenter, pas ruminer. Le sentiment d'imposture se nourrit d'amnésie sélective : tu oublies tes réussites, tu grossis tes erreurs. Un simple document où tu notes, chaque mois, ce que tu as accompli, les retours reçus, les problèmes résolus, constitue une preuve matérielle. Quand le doute revient — et il reviendra — tu ne discutes plus avec ton ressenti. Tu relis.

Chercher des pairs, pas des modèles. Les modèles inaccessibles nourrissent le sentiment d'écart. Les pairs, elles, te disent : moi aussi. Le sentiment d'imposture s'effondre dès qu'il est nommé à voix haute par plusieurs personnes que tu respectes. C'est peut-être la raison la plus profonde d'appartenir à une communauté de femmes : non pour se rassurer, mais pour constater la fréquence du phénomène — et comprendre qu'il ne dit rien de ta valeur.

Ce que tu emportes

Tu n'es pas une imposteure. Tu es peut-être une femme lucide dans un environnement qui n'a pas été conçu pour toi.

Le doute qui t'habite ne prouve pas ton incompétence. Il prouve souvent que tu vois clair — sur ce que tu ignores, et sur la manière dont on te regarde.

Travaille tes preuves. Nomme le phénomène. Trouve tes pairs.

Et cesse de vouloir guérir d'une maladie que tu n'as jamais eue.

 

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